Up in the Air – Jason Reitman

Le 31 décembre dernier, un évènement dur, tragique même, a chamboulé ma vie : j’ai perdu mon statut Gold Air France. Fini les files d’attente prioritaires, les tapis rouges, les sourires bienveillants, les lounges feutrés et le champagne frais. A moi la bétaillère, les mômes qui crient et le siège du voisin qui vous scie les genoux. Heureusement, un bon “frequent traveller” sachant  anticiper les déconvenues, je travaille activement à la reconquête de mon statut regretté en misant sur une savante combinaison de réservations et l’utilisation d’une nouvelle carte de crédit spécialement dédiée aux voyageurs Air France.

A ce petit jeu-là, Ryan Bingham est bien plus fort que moi. Cet expert du  « company downsizing » (réduction de personnel pour des sociétés en crise) passe sa vie dans les avions. Quand d’autres se dirigent invariablement vers le même bureau tous les matins, un journal à la main, l’air maussade et agacé, le beau Ryan (Georges Clooney) virevolte avec grâce et allégresse entre les contrôles de sécurités, les lounges VIP et les hôtels Hilton. Il collectionne les jolies cartes dorées (platinium American Airlines, Diamond VIP au Hilton, Club Gold Presidents Circle chez Hertz) et consacre son temps libre à la préparation de conférences portant sur la théorie du « one bagpack » ou l’art consommé de faire tenir tous les objets essentiels d’une vie dans un petit sac à dos. Le but ultime : ne pas s’encombrer du superflu car, comme l’explique Ryan, : « the slower we move the faster we die ».

Convaincu par la doctrine qu’il prêche avec ferveur, cet apôtre de la vie en transit ne manifeste que peu de compassion envers ceux ceux qu’il doit licencier tous les jours, de pauvres travailleurs assidus qui se lamentent sur les traites de leur crédit et les familles qu’ils ont à charge. « Prenez donc ce dossier de reconversion » leur répond-il sur un ton laconique, vous verrez- ce licenciement est peut-être le début d’une nouvelle vie palpitante pour vous. »

L’arrivée de deux femmes dans la vie de Ryan va perturber ses habitudes de routier séducteur et cynique : Il y a d’abord Nathalie (Anna Kendrick), une nouvelle collaboratrice fraichement diplômée de Cornell qui prône la reconversion numérique et la mise en place du « e-licenciement » par vidéo-conférence. Avec elle, Ryan fera preuve d’une patience surprenante, et même de bienveillance : sous son influence, la jeune pimbêche se métamorphose et abandonne peu à peu ses opinions étriquées . Et puis il y a la belle Alex (Vera Farmiga), une femme d’affaire ambitieuse et sexy rencontrée dans un bar d’hôtel. Quand elle lui dévoile son impressionnante collection de cartes de fidélité, Ryan tombe sous le charme. Seulement voilà, la rencontre d’un alter ego prend parfois une tournure douloureuse : si Alex sait se montrer douce et attentionnée, elle est aussi, à l’instar de Ryan, insaisissable et lointaine.

Un cuel homme d’affaires reconverti en amant humaniste… Le film pourrait s’en tenir à cette conclusion simpliste. Au moment où Ryan décide d’emmener sa belle au mariage d’une nièce au fin fond du Wisconsin, on craint un dérapage vers une comédie romantique mièvre et truffée de bons sentiments. Heureusement, l’intelligence de Jason Reitman, qui signe avec Up in the Air son 3e film (après Thank you for Smoking et Juno) est de faire coïncider des notes douces et légères avec des accents de réalisme amer. Derrière le portait caricatural de Ryan se cache la critique d’une société de consommation désabusée  et excessive. En faisant des recherches pour élaborer son scénario, Reitman a interviewé des travailleurs américains qui venaient d’être licenciés et a utilisé des images de ces interviews dans le montage final. La justesse des dialogues et des personnages est renforcée par la performance irréprochable des trois principaux acteurs . Aucune fausse note pour ce film sans prétention qui parvient à aborder des sujets graves avec humour et légèreté.

Up in the Air vient d’être nominé aux oscars dans la catégorie  « meilleur film », « meilleur acteur »(Georges Clooney), « meilleurs seconds rôles » (Vera Farmiga et Anna Kendrick)

3 Réponses à “Up in the Air – Jason Reitman”

  1. Mar dit :

    BRAVO! je ne l’ai pas vue encore, mais, après la lecture de ce post, cant wait to watch it!

  2. Neila dit :

    Clooney merite AMPLEMENT son Oscar.
    Vote George!

  3. Mathilde dit :

    J’ai eu un peu l’impression de me retrouver devant un pub Nespresso de 2heures…. (et effectivement avec un Georges magnifié)
    Pas trés corsé à mon gout….

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.